Sauvées

Dire que cette petite plante, en photo, gisait sur le trottoir en bas de chez moi.
Toute sèche, dans son pot tout sec aussi, avec juste encore quelques feuilles qui m’ont donné espoir qu’une renaissance était possible.
Pour en arriver là, clairement, cette petite plante a été maltraitée.
Négligée, ignorée. par des humains qui ne lui ont pas donné à boire assez souvent.
Du coup, elle était là, par terre, en train de mourir de soif.
Qu’est-ce qu’elle peut faire ?
Appeler au secours ?
Imaginez ça un peu pour un humain, ou un animal.
Les trois « êtres » principaux qui se partagent cette planète.
Nous formons la nature, nous sommes connectés, dans une seule âme infinie.
Et pourtant, nous n’entendons pas toujours la souffrance des animaux et des plantes.
C’est intolérable.
Pourtant les gens passaient, à côté d’elle, et personne n’a eu pitié de ce petit être qui dépérissait.
Allez, soyons honnête!
Moi aussi, j’ai hésité.
Pour des raisons horribles, quand j’y repense.
D’abord, parce que je voyais plus ou moins le genre de plante que c’est.
Je ne connais pas son nom, mais justement, rien de ce que je connais et qui pourrais potentiellement m’intéresser.
Genre un menthe, ou un romarin.
Des plantes qui servent à quelque chose.
Mais celle-ci, ne sert qu’à décorer, me semblait-il.
Et encore, pas aussi joliment qu’une passiflore, par exemple.
J’avoue que le système du pot, avec sa suspente, m’intéressait davantage.

Vous voyez bien, personne ici n’est une sainte récupératrice de plante en détresse.

Aussi, j’ai embarqué le tout, en imaginant mettre autre chose à l’intérieur.
parce que ça ferait moche sur ma terrasse ce truc tout sec, pendant des semaines, le temps qu’elle aille, peut-être mieux.

Mais quand je l’ai suspendu, en voyant ses dernières petites feuilles qui résistaient vaillamment,
sans même y penser,
j’ai commencé à la soigner.

D’abord, elle m’a récompensé par une fleur.
Une toute petite et délicate fleur blanche
Ca m’a ému.
Beaucoup.
C’était un jour où je n’avais pas trop le moral…
Alors, savoir que j’avais réussi à la sauver au point qu’elle refleurissait,
m’a fait du bien.
Aujourd’hui, elle à déjà bien repris.
Elle fait des tas de petites fleurs blanches, et au-dessus d’elle, j’ai eu la surprise
de découvrir une autre plante.
Avec des feuilles plus grosses et plus vertes, là ou il n’y avait plus qu’un reste de tronc tout sec.

Du coup, j’en ai sauvé deux!
Et vraiment, ça fait du bien.

Je me mets un instant à la place de ma plantoune…
Crevant de soif sur le trottoir.
Devant l’indifférence des passants.
Et le seul qui s’arrête penserait que je ne suis ni assez belle, ni assez intéressante pour être sauvée.

Je crois que c’est l’empathie que nous éprouvons pour ce qui est vivant, comme nous, qui nous pousse à
sauter un matin dans un bâteau de Greenpeace qui va sauver les bébés phoques.
Qui nous arrache des larmes et des dons pour l’ours blanc maigrichon sur sa banquise.
Pour les histoires de chiens ressuscités sur Youtube.

Nous le faisons, sans même y penser, malgré nous parfois.
Qui se dit : ah, je vais chialer comme une madeleine en regardant une maman chat s’occuper d’un canard orphelin ?
Ca nous vient, parce qu’on est humain, touchés, sensibles, et c’est très bien comme ça.

Ca ne nous vient pas parce qu’on pense être récompensé.

Jamais.

Je pense à ceux qui ont recueilli un animal abandonné.
Que de patience, de pipi partout à nettoyer, de vétérinaire à payer…
A ce moment, on ne pense pas plus loin que l’instant présent.
Parfois on lutte pour ne pas craquer et redonner ce machin déplumé à l’association qui nous l’a confié,
en évitant de nous dire qu’il avait l’organisme détruit de façon irrémédiable.

Et, le pire, c’est qu’alors qu’on se bat pour lui sauver la vie,
non seulement il semble s’en foutre royalement,
mais en plus les passants vous jettent des regards suspicieux.
Voir un matin, vous êtes réveillés par les services vétérinaires ,
parce que quelqu’un a porté plainte.

Heureusement.. ou pas, ça dépends de la place que l’on occupe,
les gens se fichent des plantes.

On ne viendra pas punir celui qui a laissé sa plante sans eau.
Je sais que ça peu arriver aux personnes dépressives de le faire.
Ou plutôt de ne rien faire.
De regarder sa plante crever,
parce que c’est déjà un effort trop grand effort de remplir l’arrosoir.

Parce que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue.
Parce que la vie, et ce qui est vivant n’a plus d’intérêt.
Parce que les grandes douleurs sont muettes.
Comme celle de la plante qui ne peut pas crier qu’elle meurt.
Ni supplier qu’on s’en occupe, comme le ferait un chien.
Chien qu’on fini par sortir, par nourrir pour avoir la paix, plus que pour l’aider à vivre…
Quand on est dans cet état de dépression, si intense,
on aimerait aider mais on en a plus la force.

Jusqu’au moment ou un petit déclic se produit.
Un rien , une étincelle.
Moins qu’un craquement d’allumette ,
qui pourtant nous ravive.
Nous réanime, nous redonne l’envie de vivre.

Ca peut être un geste gentil, un sourire inattendu, une bonne nouvelle qui soudain nous touche.
En plein coeur.
Nous rappelle qu’on a un coeur, justement.
Ensuite, ça s’enchaîne.
On prends les petites choses positives,
comme des marches d’escalier,
pour nous faire remonter.

Et voilà que ce jardin, ce coin de terrasse ou de balcon que l’on a négligé se remets, lui-aussi à vivre.

En raccourci je pourrais dire, si vous n’allez pas bien,
et que vous n’avez pas de jardin, trouvez une plante à 50 % à la Coop ou
une plante abandonnée sur un trottoir.
Une bien moche, bien âbimée.
Et sauvez-là.

Vous vous sauverez aussi.

Vous sauverez le monde.
Nous, les êtres vivants, les pierres aussi, l’eau, la terre , l’air qui nous entoure,
sommes des éléments du même grand tout.
Si une simple écorchure mal soignée peut infecter un corps entier,
alors le contraire est aussi valable.

Comme nous sommes tous différents, chacun peut trouver sa place.

Son arbre, son enfant, sa personne âgée, sa baleine à s’occuper.

Moi je me contente des petites plantes sur le bord des routes.

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