Prendre un enfant par la main

J’ai vu une petite photo, sur Facebook.
Une petit fille inconnue, dans une ville inconnue.
Blessée par des tirs d’inconnus.
Son petit corps abîmé.
Par des tirs inconnus.
On voyait sa souffrance, son incompréhension.
Les petites filles sont comme ça.
Elles aiment comprendre.
Elles ne supportent pas l’injustice.
Elles savent quand elles ont mal fait.
Mais là, elle est punie pour rien.
Et pas qu’un peu.
Juste parce que des imbéciles balancent des armes chimiques
sur des populations.
Des criminels qui obéissent aux ordres d’autres criminels.
Nous sommes tellement privilégiés, nous, ici, en Suisse.
Loin des conflits.
Ca ne veut pas dire que chez nous, aucune petite fille ne souffre.
On le sait moins et c’est pour d’autres raisons.
Mais c’est tout autant insupportable pour moi.

Quand ma fille était bébé, elle n’avait pas le temps de pleurer.
Au moindre « ah » que j’entendais sur un ton malheureux,
je bondissais pour la réconforter.
On me disait (les gens aiment bien parler)
que j’allais en faire une petite nature… une pauvre chose
fragile et apeurée.
Quand je vois la jeune femme forte et déterminée, aimante et intelligente qu’elle est devenue…
Et pour mon fils, j’avais plus d’expérience et de travail, je l’ai laissé pleurer un peu plus… et ça n’empêche, qu’il a les mêmes qualités que sa soeur.
Tout en étant profondément différent.
Ma petite fille à son anniversaire aujourd’hui et, pour jouer, un crétin lui a piqué son lapin.
Mais comment peut-on être aussi idiot ?
Aussi peu au courant de la sensibilité des petites filles ?
Je me fiche totalement de savoir pourquoi , mais il l’a fait.
Ca c’est passé il y a quelques heures, mais je revois encore les larmes de ma petite chérie,
au milieu de son bonheur d’anniversaire.
sur le moment, j’ai un peu plaisanté.
Réclamé un objet contondant.
Je crois qu’il était conscient de sa bêtise.
Mais il restait là, sans rien dire.
Franchement, dire qu’on est désolé d’avoir heurté une petite fille,
c’est difficile ?
Ca c’est passé il y a quelques heures, mais je lui en veut encore.
Mon esprit s’emballe.
je lui prête d’obscures motivations.
J’entends des voix, même si elles ne sont pas là, m’assurer que c’est quelqu’un de bien et lui trouver toutes sortes d’excuses.
Je m’en fiche, pour moi, le pardon sera dur.
Il y a des familles, en fait, toutes les familles sont comme ça.
Chez nous, on se moquait de mon amour pour mon doudou nommé Fafeux.
Fafeux ?
Parce que mon tonton Papin me disait qu’il était affreux.
Et moi je répondait : il est pas fafeux !
Et « pas fafeux » est devenu Fafeux.
Ve que j’ai aimé le plus au monde pendant des années
devait son nom à une moquerie…
J’adore mon oncle, je ne lui en ai jamais voulu une minute de critiquer mon doudou.
Si j’étais malheureuse, ce n’était pas à cause de lui.
C’était plutôt par injustice, envers mon petit nounours qui ne pouvait pas se défendre.
C’est vrai que sa peau de tissus se réduisait en loques que ma mère recouvrait d’une nouvelle couche.
Une nouvelle peau.
A la fin ,il n’en restait qu’une espèce de poche synthétique bleu ciel, avec un lambeau de tête.
Plus de bras, ni de jambes.
Ca ne m’empêchait pas de l’aimer.
Au contraire.
Tant de petites filles, avec toutes le même petit coeur brisé.
Mais pas de comparaison possible.
Simplement l’injustice.
Alors, on le sait et je l’accepte, l’homme est imparfait de nature.
Il peut faire une gaffe en embêtant une petite fille.
Mais rien ne lui donne le droit d’âbimer son corps ou son esprit.
Qu’est-ce qu’elle va faire en grandissant, si elle survit ?
Comment faire, avec cette injustice monstrueuse
des bombardements aveugles?
Et que dire du soldat qui fait pire encore ?
Des milliers de petites filles blessées injustement.
Et de petits garçons bien sûr.
Ca me révolte tout autant.
Sauf que je sais mieux ce que c’est d’être une petite fille.
Une petite fille c’est un coeur entouré d’un esprit.
Sa peau et sa chair sont là pour tenir l’ensemble et ressentent
chaque émotion aux tréfonds de chaque atome.
Alors il y a les monstres, et il y a les autres.
Heureusement.
Celle et celui qui auraient pu passer à côté d’un enfant sans rien dire.
Ou même le rejeter, parce qu’il ou elle n’a pas envie de s’encombrer d’un enfant qui n’est pas le sien.
Qu’il ou qu’elle n’a pas voulu.
Mais non, ils n’ont pas pu.
Ils ont baissé les yeux, et comme dans la chanson d’Yves Duteil,
ils ont pris un enfant par la main,
pour l’emmener vers demain.
Jamais je ne critiquerai un père ou une mère qui ne peut pas s’occuper de son enfant.
Ca arrive, et il vaut mieux parfois le confier à d’autres qui pourront le faire.
Je connais tellement de situations.
Le père qui à la garde de sa petite fille.
Le couple qui a élevé l’enfant d’une autre.
Les grands-parents qui ont élevé leur enfant.
Les enfants adoptés.
Le père qui se pointe quand l’enfant est devenu adulte et revendique une place qu’il n’a jamais occupé.
Et ce que je constate,
c’est que le bonheur d’un enfant ,au final ,est du a sa personnalité.
Mais que la façon ,la ou les personnes qui s’en sont occupé à une grande importance dans la confiance qu’ils auront en eux en devenant adulte.
Que parfois, ils auront un gros travail à faire pour la retrouver, ou même, simplement pour la trouver.
Par contre avoir deux parents « classique »n’est pas une garantie non plus.
Le père qui élève seule sa fille y arrive très bien.
Les grands parents aussi.
De même pour ceux qui ont élevé un enfant qui n’était pas le leur.
.
Certains ont commis des erreurs, graves parfois, marquant les enfants
pour toute la vie.
Tout ce que je sais, c’est que, quel que soit ces erreurs, rien n’empêche personne de trouver le bonheur.
Je crois même, d’après ce que je sais, que plus un enfant à souffert,
plus, s’il le peut, il trouvera le bonheur.
Les enfants sont parfois durs avec leurs parents, ils les jugent,
impitoyablement.
Mais le temps arrange le choses.
Aplani les douleurs les plus vives.
Sinon on deviendrait tous fou.

Les pires souffrances injustes font place à la joie la plus grande.
comme une pièce de monnaie a deux côtés.
Comme une branche arrachée , qui tombe à l’eau, ballottée par les flots, qui se forme, se déforme, se gorge et dégorge, devient à la fois plus dure et plus légère, jusqu’à devenir un magnifique bois flottant.

Alors je garde espoir pour toutes les petites filles meurtries.
Qui mieux qu’elles pourrait comprendre l’importance
d’apporter le bonheur aux enfants.
Parce que la vie a ça de beau.
Telle une alchimiste qui change la merde en or.
Grâce au temps, et à l’ingrédient miracle :
l’Amour

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