Plaisir coupable : inondation suite

Les inondations sont une catastrophe.
Je sais trop bien ce que signifie « tout perdre ».
Que ce soit l’eau ou le feux, quand une catastrophe pareille s’abat sur vos affaires, c’est dramatique.
Je compatis donc à fonds.
SAuf que…J’ai un peu honte.
La contemplation d’une portion de rive inondée,
me plonge dans un ravissement sans fin.

Pataugeant au milieu, avec ses pantalons relevé,
ses bras maigrichons et son ventre en avant,
le RDC
Pour simplifier, on va l’appeler le RDC, je vous laisse deviner ce que ces initiales veulent dire…
Le RDC déteste mes chats.
Il les déteste au point d’avoir construit une immense barrière,
assez haute pour qu’ils ne puissent plus l’escalader.
Au centre, il a mis une porte, qui ferme à clé.
Tout ça pour trois cacas ?

Au final, j’ai compris.
Les chats sont un pretexte.
Grâce à son grillage et sa porte, il peut décider de l’accès à cette large bande de terre qui borde la rivière.
50 mètres de terrain dont il fait « son  » petit paradis.

RDC s’est auto-proclamé gardien des lieux, et empêche depuis quelques années quiconque d’y entrer sans sa permission.

Au début, tout le voisinage y allait ;
profiter du bord de la rivière,
RDC restait de « son » côtés,
devant ses cabanes qui occupent bien le tiers du terrain.

RDC a construit dessus, en toute illégalité, non pas une, mais deux cabanes.
Dotées de l’éléctricité et du confort nécessaire au bonheur de sa petite famille, et des rares élus
qui ont le droit de pénétrer sur « son » territoire.

Parce qu’il y a deux ans, son joli coin ne lui suffisait plus.
De ma terrasse, je l’ai vu arranger peu à peu le reste.
Alors peut-être qu’il est à la retraite, ou qu’il s’ennuie.
RDC a investi un temps fou, et pas mal d’argent aussi pour en faire sa petite plage perso.

Tout l’été, il veille, menaçant d’appeler la police, dès qu’un étranger pose le pieds
sur « son  » territoire.
Ce qui est un comble, pour quelqu’un qui contrevient lui-même à autant de loi.

Mais personne n’a jusqu’ici osé s’en prendre à ce grand type et sa grande gueule.

RDC règne, du matin au soir, arrose, plante, coupe, afin que tout soit parfait.
Je trouverais ça tout à fait louable, si c’était chez lui.
Et puis, je vais vous dire, même sachant qu’il n’a pas le droit d’empêcher les gens de venir là, j’ai décidé de renoncer à y aller.
Je déteste les conflits, et ce n’est pas mon travail de faire régner la loi.
La rivière est bien assez grande.
Bien sur, ça m’embête qu’il en aie après mes chats, qui passaient par là.
Mas ils sont assez malins pour contourner le coin.
Malheureusement, ce n’est pas le cas de tout le monde.
A l’étage du dessous, j’ai un couple de charmants jeunes hommes .
Ils m’ont raconté leur mésaventure :
Croyant, de bon droit, pouvoir se baigner là, ils s’y sont rendu en toute innocence.
Le RDC les a photographié avec son i-phone tout en leur hurlant des menaces policières.
Ce qui n’a aucun sens.
Le RDC serait le premier embêté, si il appelait la police.
Il risquerait de perdre ses précieuses cabanes, et tout les droits qu’il se donne sur ses 50 mètres de terrain.
Dans sa folie possessive, le type à perdu tout sens commun.
Alors, on pourrait simplement l’ignorer, mais admettez que c’est désagréable, autant d’agressivité mal placée.
Je l’ai vu une fois menacer de se battre avec d’autres jeunes, dont l’unique crime était d’avoir posé leurs serviettes
sur « sa » pelouse.
Depuis ma terrasse j’ai une vue plongeante sur la scène, et ça gueulait si fort que ça à attiré mon attention.
Non content de faire une guerre sans relâche aux chats du quartier qui osent faire leurs besoins sur  » ses  » plate-bandes »
RDC n’a de cesse de rallier d’autres habitants du coin à sa cause, dans des conversations hargneuses que j’entends jusque chez moi.
Si ils sont d’accord avec lui, alors, ils osent profiter un peu de « son » bout de jardin, auquel ils auraient droit de toutes façons.
Comme moi, comme vous, comme toute la ville .
Sauf que le terrain est désormais cerné de grilles et fermé à clef.
Quand il fait beau, alors, on voit ses filles, qui sont plutôt belles et sympathiques, elles, s’amuser avec leurs amis,
sous l’oeil protecteur de papa RDC.
Maintenant qu’elles sont ados, on sent qu’elles aimeraient bien avoir un peu la paix… et sûrement leurs copines se sentiraient plus à l’aise en maillot de bain, si RDC ne rodait pas autour de leur serviette de bain…
Du coup, cette année, on les voit moins.
Quand je suis arrivée dans le quartier, j’y allais aussi, sur cette rive, comme j’en ai le droit.
Il avait deja construit ses deux cabanes, mais se contentait d’un tiers du terrain.
Avec une petite entrée plutôt jolie faite d’arche de plantes et de gros cailloux.
Mas voilà..
Année après année, centimètre après centimètre, comme personne ne l’arrêtait, alors il s’est étendu.
J’ai cessé d’y aller quand il à commencé sa guerre anti-chat.
Entre ce terrain et ma maison il y a encore un jardin, occupé jusqu’à peu par un type du même genre :
il n’avait aucun droit d’y être, mais il se le donnait.
Ils se montaient la tête réciproquement, à coup de pièges à piques, et autres système anti-chats de leur invention.
Enfin bref, ce dernier ennemi-des-chats à été expulsé par les nouveaux propriétaires de la maison.
Les locataires qui l’ont remplacé ne sont pas tellement mieux, mais pas au point de faire du mal à mes félins chéris.
Bref.
Je n’ai pas besoin d’aller sur cette portion de rives au point de le signaler …
Et puis, il faut dire qu’il en à fait une pure merveille.
Taillant chaque branche, chouchoutant chaque brin d’herbe.
Je reconnais qu’il a fait un immense boulot pour faire de cette terre en friche,
une belle pelouse confortable.
Il a mis des fleurs qu’il entretient amoureusement, va jusqu’à construire des petits abris pour les canards..
Mes chats ont perdu une grande partie de leur territoire, mais ils ont du en trouver une autre,
alors je l’ignore.

Mais aujourd’hui, la justice divine à fait son oeuvre.
La pluie s’est mise à tomber, tomber, et tomber encore.
La portion de rivage a totalement disparu.
Les cabanes sont inondées.
Et lui qui ne supportait personne ,au point de s’enfermer à clé
se retrouve tout seul.
Ca devrait lui servir de leçon , non ?
Vous connaissez l’adage ?
Assoie toi au bord de la rivière et tu verra passer le corps de ton ennemi ?
On y est presque.
Du haut de ma terrasse, je le contemple.
Pataugeant sur ce qui fut son pseudo-jardin, seul et dépité.
J’ai presque envie de le photographier, comme il l’a fait pour mes gentils voisins.
En parlant d’eux
Aujourd’hui dans les escaliers, j’en ai croisé un..
On a discuté deux mots.

C’est ainsi que j’ai appris que RDC à pêté un plomb ce matin.

Seul dans l’eau qui lui arrive jusqu’au ventre.
Devant ses cabanes inondées,
son jardin totalement disparu sous l’eau.
Avec juste quelques canards pour lui tenir compagnie.

Mais personne,
absolument personne pour lui donner un coup de main.
RDC s’est mis à hurler.

On pouvait l’entendre hurler jusque chez nous criant ces mots :

-Il n’y a pas de solidaritééééééééééé !

J’ai des plaisirs simples.
Ca à fait ma journée.

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