Mon jardin extraordinaire

Il est loin d’être beau, mon jardin.

Ce sont des pots, petits et gros,

posés sur ma terrasse.

au fil des ans.

Avec des plantes, toutes sortes de plantes , que je laisse vivre, et pousser à leur envie, sans savoir toujours quel vent les a apporté.

Certaines résistent à l’hiver, comme ma sauge, qui reprends de plus belle.

J’ai bien 4 sortes de menthe, une verveine, de la camomille, de la citronnelle, un goji…

de la ciboulette, et j’ai planté du persil.

Il n’est pas beau, mon jardin, mais je l’aime et je m’y sens bien

 

Cette année j’avais envie de fleurs.

Les oignons que j’ai acheté à la Coop poussent déjà bien.

Ca sera la surprise.

Je ne peux pas faire grand chose, dans mon état.

Le médecin préconise l’immobilisation…

Alors, je porte mon attelle et j’essaie de faire ce que je peux avec la main qui reste-

Mais c’est un petit bobo, cette fracture,…

je le vois dans mes ami,es  traversant des épreuves tellement plus dures, et gardant le sourire.

Ou pas.

Quand la perte d’un être cher survient brutalement, on ne peut pas nier la peine.

Mais s’y noyer n’aide personne.

Les gens que nous aimons, quand il leur arrive quelque chose, ont besoin de notre compassion.

Jamais de notre morale.

Je vais vous raconter une petite histoire :

J’avais pour habitude, face à quelqu’un qui va mal, de croire que mes bons conseils, distillés sur un ton ferme, lui montrait mon degré de préoccupation et donc mon affection.

Jusqu’à ce que je rencontre cette fille, que je connais plus ou moins, depuis longtemps.

Dans le sens, que ça fait des années qu’on se croise, mais dans le fonds, je sais peu sur elle.

Petit à petit, je l’ai vu sombrer dans une sorte de folie, et peut-être vous aussi, vous l’avez vu, ou plutôt entendu hurler son désespoir à la face du monde,

dans des crises d’une intensité folle.

Alors qu’elle est plutôt jolie, la souffrance psychique ravage totalement l’effet qu’elle peut faire aux autres.

Mais tout de même, c’est un être humain, et même si elle me fait un peu peur parfois, si je la croise, je lui dit bonjour.

Ca me donne bonne conscience.

Jamais elle n’a passé ses nerfs sur moi, jusque là.

Elle attends le bus, et voyant son état, je me dis que je vais lui sortir une de mes petites phrases du type : je te fais la moral pour te montrer ma préoccupation donc mon affection.

Avec comme sous-sous-entendu  » regarde la bonne personne que je suis « .

Mouais….

Ben j’ai vu.

Déjà je remarque sa maigreur inhabituelle, mis à part son air désespéré.

Comme je me vois mal lui faire remarquer que son état mental n’a pas l’air de s’améliorer. , je me décide pour une phrase sur son état physique.

Quelque chose d’hyperbanal.

Qu’on a surement tous dit une fois dans sa vie :

« Tu devrais manger un peu plus « .

Voilà ce que j’ai dit.

Cinq mots, pas un de plus.

Je n’oublierais jamais son regard.

Il m’a transpercé comme un poignard.

Un poignard trempé dans la rage.

Mais pas que.

Dans la souffrance aussi.

J’ai presque cru qu’elle allait se jeter sur moi.

Et là, elle à dit quelque chose, qui me montre à quel point il ne faut pas juger les autres, ni leur faire une morale à deux francs 50.

Parce que jamais on ne saura ce qu’ils vivent et ce qu’ils pensent.

Mais surtout parce qu’on rajoute à leur souffrance.

Alors qu’ils en débordent déjà-

Elle m’a demandé d’arrêter.

Tout-de-suite.

Ce que j’ai fait, tellement interloquée par son regard de fauve prêt à tuer.

J’ai eu un mouvement de recul, et presque peur.

Je me suis excusée, je crois, je ne me souviens plus bien de la suite.

Mais j’y ai souvent repensé.

Depuis, j’y repense chaque fois qu’on me fait la moral.

Même si ce n’est qu’une phrase banal, dite sans intention.

Je sais que ça peut blesser, je sais pourquoi ça me blesse aussi.

Pas à cause de cette fille.

A cause de ce que j’ai vécu et que l’autre, celui qui croit avoir une bonne intention, ignore.

Et que pourtant il me rappelle.

Comme le gros lourdaud qui fait des blagues cochonnes à une fille et qui rit devant son air embarrassé.

Sans savoir qu’elle c’est fait abuser.

Et qui insiste encore, amusé de la voir ainsi, sans se douter qu’il est aussi cruel qu’un chat jouant avec un oisillon tombé du nids.

Revenons à mon histoire.

Que savais-je ?

Rien, mais je me permettais de la gronder gentiment, à ce qui me semblait, avec cette foutue manie de juger les autres, qu’on appelle aussi « avoir une bonne intention ».

Mais est-ce que j’ai pensé à ce qu’elle pouvait ressentir ?

Ben non, puisque là, je me préoccupais uniquement de transmettre « ma bonne intention ».

Ca m’a travaillé cette histoire.

Comme j’ai beaucoup d’imagination, j’ai essayé de comprendre pourquoi ça l’avait autant blessée.

D’abord, elle s’en était surement rendu compte toute seule , qu’elle allait mal, je n’avais pas besoin d’en rajouter.

Ensuite, il pouvait lui être arrivé tout un tas de choses désagréables pour arriver à ce résultat.

Choses désagréables que je lui faisait revivre, en les pointant du doigt, comme si c’était de sa faute.

Imaginez , par exemple, si on l’avait séquestrée plusieurs jours sans la nourrir.

Ou n’importe quel événement grave du style, qui peuvent tout à fait arriver à quelqu’un que son état mental vacillant mets en danger.

Lui signifier de manger, comme si elle y pensait pas toute seule, c’est la rabaisser d’autant plus.

Cette petite phrase anodine, qui aurait pu faire sourire n’importe qui d’autre,

faisait sur son esprit l’effet du vitriole sur la peau.

La rabaissait au rang de créature inférieure incapable de prendre soin d’elle.

En vérité c’est une femme qui se bat, contre des épreuves qui se multiplient.

Sans repos, sans temps de reconstruction.

Jusqu’à être quasi-démolie.

Heureusement, l’esprit humain à une capacité de régénération incroyable.

Il est tout-à-fait possible, et c’est ce que je lui souhaite, qu’un jour, elle trouve enfin son équilibre.

Parce que c’est une battante.

Parce que les épreuves sont formatrices.

Parce que personne n’a sa vie toute traçée –

La vie qui aime les surprises.

Les mauvaises, mais aussi les bonnes.

Ca fait longtemps que j’observe les habitants de notre ville, et j’ai vu des trajectoires étonnantes, dans tout les sens.

Assez pour me dire qu’on ne sait jamais.

Qu’est-ce que ça veut dire au final ?

Qu’on ne peut plus rien dire ?

Bien sur que non.

Par contre, un peu de délicatesse.

On ne peut pas deviner ?

C’est justement pour ça : parce qu’on ne peut pas deviner, qu’on devrait s’abstenir tout genre de moral  » bien pensante ».

Je crois au contraire, qu’on devrait davantage rechercher la félicitation.

Même si on n’est pas d’accord avec la personne, même si on ne la comprends pas.

Entre  » t’as une sale mine  » et  » tes cheveux sont magnifiques » vous préférez quoi ?

-Oui mais quand je dis à une amie  » t’as une sale mine ça lui montre que je me préocc… STOOOOP !

On s’en fiche de nos préoccupations.

Si vraiment on aime bien l’autre, alors c’est du bien qu’on devrait lui faire, non ?

Non ? du vrai bien, pas de la * bonne intention*.

Qui disait que l’enfer est pavé de bonnes intentions ?

St-Bernard.

 

Voilà, c’est mon avis.

chacun pense ce qu’il veut.

Ca n’engage que moi.

Et des gaffes ? j’en ai fait et j’en ferai encore.

Personne n’est parfait.

ce que je voulais dire avec mon histoire, c’est la leçon qu’elle m’a donné.

Au final, celle qui c’est préoccupée de l’autre, c’est plus cette fille que moi.

En me prévenant d’arrêter.

Pour l’avoir vu se jeter sur d’autres à qui elle n’avait pas fait cet avertissement, j’ai su que ce jour là, celle qui à fait le plus attention, c’est elle.

C’est un peu violent comme histoire, un peu extrême comme exemple, mais c’est aussi comme ça que j’apprends.

 

 

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