Le goût du bras

Ma madeleine est un bras.

-hein ?

J’explique pour ceux qui ne sauraient pas.

Y’a pas de honte à pas savoir.

La honte, c’est faire semblant  de savoir, c’est se gêner de demander, et se faire passer pour quelqu’un qui sait, alors qu’on sait pas.

Je parle de la madeleine de Proust.

Madeleine, sorte de biscuit, Proust , écrivain.

Madeleine de Proust, expression utilisée pour quelque chose qui vous rappelle votre enfance.

En résumé c’est ça.

C’est l’été et les odeurs se décuplent.

L’odeur du bras de maman qui m’entoure, tandis que je me blottis,

toute mouillée , pour qu’elle me sèche avec son grand linge.

Elle est mon nid.

Et comme un petit oiseau, je colle mon bec contre sa peau, je respire son odeur et j »en mangerais si je pouvais.

son huile solaire sent bon et elle a bon goût.

Je suis en sécurité.

D’ou je suis, je vois ses jambes, que je connais par coeur.

Avec ses varices qui font des dessins colorés de bleu et de rouge.

En relief.

Ca fait partie d’elle. Je les trouve magnifique.

Au point que je ne l’imagine pas sans.

C’est l’endroit sur terre que je préfère,

ma place.

Ca sent bon, et personne  n’ a de meilleure odeur, ni de jambes aussi magnifiques, que celles de ma mère.

Au point que je plains ces pauvres femmes, qui n’ont pas la chance d’avoir de si belles décorations.

Au point que maintenant, 40 ans plus tard, j’aime mes propres varices, parce qu’elles me rappellent celles de ma mère.

Et quand je prends ma petite fille dans mes bras,

qu’elle me dit : tu sent bon…  j’assure la continuité.

Je lui raconte que je goûtais le bras de ma mère,

et ça la fait rire.

 

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