26 ans

Pas question que j’accouche à l’hôpital.

Déjà, un, je ne suis pas malade.

Deux , je n’ai l’intention de l’être non plus.

J’ai des convictions, bien arrêtées sur l’importance

des conditions de venue au monde de mon premier enfant.

Je ne me pose pas la question des volontés du père, vu qu’il a disparu.. sans que j’aie besoin de trop insister.

Mon bébé n’est pas un avion.

Donc, exclu qu’il arrive sur une piste d’atterrissage hyper-éclairée, avec des inconnus masqués qui sont

capables, à tout instant de décider d’une césarienne, pour rentabiliser leurs équipements.

Bien sûr, en cas de risque pour bébé, direction l’hôpital, mais tant que je peux éviter, j’évite.

Donc je vais bien, malgré que le premier docteur contacté à Chaux-de-Fonds  tente de me faire avorter.

Malgré que ma première sage-femme, celle que j’ai contacté à Chaux-de -Fonds, toujours,  renonce, une semaine avant le terme à accéder à ma demande de rester à la maison.

Chaux-de-fonds, c’est le Far-West de la Suisse…

Retour à Bienne, ville civilisée, ou je trouve sans problème, doctoresse et sage-femme prêtes à m’accompagner en forêt si c’est mon choix.

Le terme étant fixé un 25 décembre, je préfère rester au chaud.. mais de toutes façons, ça n’était pas dans mes projets.

J’emménage chez mes parents, et j’attends la dernière semaine.

25 décembre, calme plat.

Une semaine plus tard.. rien.

Deux semaines plus tard… toujours rien.

Trois semaine plus tard, la sage-femme me rassure en disant que 100 % des enfants dont elle s’était

occupé avait fini par sortir.

Humour suisse-allemand.

Suzi, c’est la sage-femme à l’ancienne,

petite et  grassouillette, elle sourit tout le temps.

Elle a plus de 1000 bébé à son actif.

Elle ne va pas paniquer pour si peu.

La doctoresse me place sous surveillance quand même.

3 semaines …

et un jour, et deux , trois…

j’en ai marre.

4…

5…

6, miracle, je perds les eaux.

Je rêve que je me baigne dans un liquide chaud et je me réveille pour voir que c’est vrai.

On appelle la sage-femme.

qui demande si j’ai des contractions.

Il se trouve que non.

-Alors rappelez -moi quand vous en aurez.

Depuis, quand je vois , à la télé, les couples qui paniquent, et foncent à l’hôpital, je repense à ce moment,

où totalement désemparée, j’avais perdu les eaux, mais personne ne paniquait.

du coup, j’ai passé encore une belle journée.

Marché le kilomètre de la rue Dufour pour m’acheter des frites..

Personne ne m’avait dit que j’allais accoucher à sec…

Le soir , ça commence.

On rappelle la sage femme.

-Elles sont à combien ?

30 minutes.

-rappelez moi quand vous serez à   5..

16heures.

16 f…g heures de contraction.

L’enfer sur terre.

Le corps s’ouvre en deux, millimètre par millimètre,

dans une souffrance sans nom.

Comme si un alien allait en sortir et qu’il poussait de toutes ses forces

Ma belle -soeur est là, ma soeur aussi , quand on arrive à 5minutes, la sage femme arrive enfin.

Elle leur demande de me tenir les jambes.

On rigole, on transpire, il fait tellement chaud dans cette petite chambre.

On chante, on fait le « aaaaaaa » spécial, qu’il faut tenir sans crier.

je n’ai pas crié.

Je suis sortie de mon corps  un moment, parce que c’était trop insupportable.

Bénies soient celles qui ne souffrent pas.

Moi, j’ai souffert.

Épisiotomie… à vif, je vous épargne la signification, pour ceux qui ignorent ce que c’est, vous pouvez toujours regarder sur Wikipédia.

Sans rien , à aucun moment pour diminuer la douleur.

Ma soeur abandonne.

Ma belle-soeur, elle est un vrai roc.

Je me retrouve donc , a accoucher en suisse-allemand.

-stoss…pousse..stoss…pouss..

J’en ai marre, mais la tête sort.

-stoss.. pousse…

et là, je pose la plus grosse pêche de ma vie.

enfin, le plus gros pruneau.

Elle est un peu violette, ma merveilleuse bébounette.

Mais,elle est magnifique.

complète, parfaite.

Immense, pesante.

comme un bébé qui a déjà un mois.

Comme une extra-terrestre, mais tellement belle .

Et le mal est parti, au moment même où elle est sortie.

Je regarde la télé en même temps que j’écris .

Il y a un documentaire sur l’histoire de la

rappeuse Sonita.

Une afghane de 15 ans qui a eu le courage de s’élever contre la tradition du mariage forcé.

Mais comment peut on vendre son enfant ?

d’un côté, il y a cette mère qui elle même était mariée de force .. et tabassée avant pour la forcer a accepter.

Parce que c’est la tradition.

Elle à l’air de l’accepter, parce que ça l’arrange, avec une sorte de résignation.

Elle aimerait que sa fille fasse pareil.. pour 9000 dollard.

Mais la gamine, elle a cette force en elle, ce truc magique qui renverse les barrières.

Sur son chemin, une directrice d’école qui la soutient, une réalisatrice qui outrepasse le dogme du documentaire qui consiste à ne pas intervenir dans l’histoire, et qui paye, pour que la mère accepte de retarder le mariage.

Et la gamine sort sa première chanson.

Avec un clip qui m’a fait pleurer.

Quand on a une fille, alors toutes les filles sont un peu les nôtres.

La mienne, c’est drôle, son père était blond aux yeux bleu, mais elle est brune et ses yeux de bébé étaient si noirs qu’on aurait dit deux cerises.

26 ans… elle est encore mieux que tout ce que j’avais imaginé.

Joyeux anniversaire chouchou !!

 

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