La Carte

-N’oublie pas d’envoyer une carte à ta marraine pour la remercier…disait ma mère.
J’avais 15 ans et envoyer des cartes pour remercier les gens pour un cadeau ou autre m’ennuyait profondément.
Je ne voyais pas l’intérêt.
Comment faire plaisir à quelqu’un si, moi-même, je n’en retirais aucune joie ?
Remercier encore ?
Pourquoi ?
Je n’avais rien demandé et j’aurais du en plus prendre sur mon précieux temps , mon énergie relative d’ado mal dans sa peau , pour écrire?
Et écrire quoi ?
Merci pour le cadeau ?
Forcément les gens devaient se douter que j’étais contente .

Comme dirait Rimbaud : on n’est pas sérieux quand on a 17 ans.
Et quand on en a 15… en pleine crise d’adolescence et un grand frère qui requalifie ça en « âge boeuf »… tout ce qui vient des adultes est forcément mal vu.
Pire: épuisant d’avance.
Curieusement, par contre, j’étais toujours heureuse qu’on me sollicite pour composer les cartes des autres.
Là, j’avais de l’inspiration, ça me semblait facile.
Ca ne m’impliquait que pour recevoir les compliments sur ma facilité d’expression écrite.
On est très con.. tradictoire quand on a 15 ans…
Le temps à passé.
Aujourd’hui, les cartes, je les fabrique.
Avec mes photos pour illustrer.
J’aime spécialement le côté symbolique qu’on peut trouver dans un paysage, ou la posture d’un animal.
J’aime faire des cartes qui pourront servir autant pour un deuil que pour un anniversaire.
Des cartes avec de la lumière, qui donnent un sentiment positif,
Des cartes qui montrent ma ville de Bienne sous un beau jour aussi, bref.

Tout ça pour en arriver là , à une belle histoire vraie qui s’est passé cette semaine .
Une histoire qui montre, qu’à notre époque d’internet et d’écritures électroniques,
prendre soin encore de faire une vraie carte, peut faire beaucoup de bien à la personne qui va la recevoir.
Tellement de bien que ça rejaillit sur ceux qui l’ont envoyé.
Voilà l’histoire.
Il était une fois une jeune femme gentille et positive.
Toujours de bonne humeur.
Une bonne humeur qui se voyait dans son beau et grand sourire et même dans ses tenues colorées.
Cette jeune femme travaillait dans une association .
Dans son travail, plus que les autres, elle apportait ce qu’elle était : gentille, disponible, et toujours avec un large sourire.

Pour une raison inconnue, un jour, ce sourire s’est éteint.
Tandis qu’elle annonçait son départ prochain.
Dans ses dernières semaines, les plus observateurs ont remarqué ce qui n’était plus là :
sa joie de vivre c’était éteinte.
A la place de son sourire, une expression comme absente, comme déjà partie.
Forcément, ses relations avec les membres de l’association en ont pâti.
On ne la reconnaissait plus.

Ceux qui l’appréciaient le plus ont compris qu’elle souffrait, mais ne savaient pas quoi faire.
Et puis, chacun avait déjà ses propres problèmes à gérer…

Arrive le dernier jour de sa présence.
Quelqu’un se dit qu’il faudrait faire un geste, histoire de lui témoigner de la reconnaissance pour toute cette joie qu’elle avait donné.
Pour qu’elle sache, avant de partir, que son sourire était précieux et qu’elle était aimé, de toutes façons.
Ce n’était pas la première a quitter l’association,
Le travail était parfois dur et les contacts pas facile, mais jamais les membres ne s’étaient donné la peine de faire un geste pour celui qui partait.

Sauf cette fois.

Une simple carte.
Avec, à l’intérieur, des mots gentils.
Son prénom en grand, avec des coeurs autour, et beaucoup de signatures.
De remerciements pour sa joie, pour sa bonne humeur.

Quand on l’a appelé pour lui donner sa carte, elle n’a pas compris tout de suite.
Elle a cru , simplement, que la personne avait besoin de quelque chose.
Donc elle s’est levée, avec cette expression triste de celle qui fait son travail en souffrant au fond d’elle.

Quelques minutes plus tard, elle pleurait.
Des larmes de joies, de reconnaissance,
tandis qu’elle prenait dans ses bras la personne qui l’avait prise à part pour lui donner sa carte.
Avant même de l’ouvrir et de la lire. elle était déjà touchée.

Simplement, parce qu’une carte est un symbole.
Un symbole qui dit : on a pensé à toi, tu existe, on te voit et on a quelque chose de gentil à te dire.

Sans cette carte, la jeune femme n’aurait jamais su
qu’elle avait apporté quelque chose à ces gens qui ne livrent pas facilement leurs sentiments , et qu’elle allait leur manquer.
Son émotion a redoublé quand elle à lu, venant d’une personne avec qui elle avait eu récemment des mots,
d’autres mots, gentils ceux-ci.

L’histoire ne s’arrête pas là.
Ceux qui n’étaient pas là pour signer la carte, quand ils l’ont su, on insisté pour participer.
Et bientôt, il n’y a plus eu un centimètre de libre, tant la carte était remplie de signatures et de mots gentils.

Je suis sure que cette carte aura une belle place chez la jeune femme.
Qu’elle n’oubliera jamais ceux qui lui ont fait ce cadeau.
Mais pour moi, le plus important, c’est qu’elle se souviennent que sa gentillesse et sa bonne humeur,
sont précieuses.
Que ça compte.
Qu’elle compte.
Quoi qu’il arrive, c’est ce qui fait sa force.

Quand on a affaire à l’injustice , il est difficile de ne pas résister à la tentation d’être tiré vers le bas.
Je parle en général là : les agressés peuvent ainsi devenir les agresseurs.
Croire, à tort qu’être gentil est une faiblesse.

Alors que non, pas du tout.
La gentillesse est une force immense, capable d’inspirer de l’amour et de la joie.

Personne n’est obligé de donner autant de bonne humeur dans son travail, mais quand on est au contact d’autres êtres humains,
ça me semble particulièrement important.
C’est ce qu’elle faisait, jusqu’au jour oü elle n’en avait plus la force.

Je veux croire que cette petite carte sera le début d’une force nouvelle.
Qu’elle tracera sa route comme le beau cygne blanc, prêt à s’envoler , en photo sur sa carte.

Quand à moi, je pense à ma maman,
Elle avait souvent raison.
Merci Maman <3

Facebook
Twitter
Email
WhatsApp

Laisser un commentaire